8 mars : Les droits des femmes à l’épreuve des pesanteurs sociales

Pesanteurs sociales, culturelles et religieuses, le manque de volonté politique de promouvoir la femme et son activité, sont entre autres facteurs identifiés comme obstacles à l’émancipation de la femme. Malgré un cadre légal et réglementaire (la Guinée a signé et ratifié la plupart des conventions, traités et lois qui garantissent les droits des femmes) favorable à l’épanouissement de la femme.

Ce diagnostic a été fait par les femmes elles-mêmes le 8 mars 2018, lors d’une conférence-débat organisée au CIRD à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Mesdames Fatou Baldé Yansané, présidente de la COFEL (Coalition des femmes leaders), Barry Hawa Dramé, présidente de la Fondation internationale Tierno et Mariama et Asmaou Barry, journaliste et présidente de l’APAC (Association des professionnelles africaines de la communication), se sont penchées sur « La problématique de la représentativité des femmes dans les sphères de prise de décision en Guinée ».

Fatou Baldé Yansané a remonté le temps pour invoquer les Guinéennes qui, sous le premier régime, ont occupé des postes importants jusqu’aux Nations-Unies. Mais, elle regrette que dans la plus part des cas les femmes étaient analphabètes et qu’il fallait plutôt pouvoir faire de la propagande du parti pour être casé quelque part. La présidente du COFEL est certaine qu’il y a des femmes compétentes et intègres dans le pays, mais qui sont écrasées sous le poids de la démagogie et des considérations infondées : « Pour avoir un poste certains hommes et femmes sont obligés de garder les salles d’attente ou raser les couloirs des bureaux des signataires des décrets ou arrêtés jusqu’à 23 heures, voire 0heures, 1heure du matin. La femme qui sait qu’elle est capable, à qui il reste la moindre dignité, ne peut pas le faire. Elle reste à la marge parce que les conditions ne lui sont pas favorables. C’est le pays qui en souffre, parce que la femme, lorsqu’elle a un poste de responsabilité, elle veut honorer sa personne, elle veut honorer sa famille, donc elle travaille pour avoir des résultats »

Pour la conférencière, les compétences féminines ne manquent pas en Guinée. Malgré tout, le pays ne compte que 5 femmes ministres, 1  gouverneure sur 8, 25 femmes sur 114 députés à l’Assemblée nationale. Elle ne comprend pas pourquoi il ne peut pas y avoir autant de préfètes que de préfets ? Puis, d’invoquer les dernières communales qui ne viennent pas pour arranger les choses. « Il n’y aura pas de dames maires, sauf peut-être Kaloum, parce qu’elles n’occupaient des positions favorables. J’ai connu une femme qui voulait être candidate indépendante mais qui a manqué de soutien. » Le quota de 30 % ? Il a sauté, ont dit les dames.

Hawa Barry Drame pense que le problème n’est pas lié au cadre légal et réglementaire. Ce sont surtout les pesanteurs socioculturelles qui mettent à rude épreuve les droits des femmes en Guinée. Elle appelle à sensibiliser et à conscientiser les filles mais aussi les parents. Car, selon elle, pour atteindre l’objectif de la parité, l’éducation de la jeune fille est un passage obligé. Hawa Barry Dramé et Fatou Baldé Yansané ont interpellé les parents, notamment les pères dont le rôle est crucial dans l’éducation de la fille. « La solution se trouve dans vos mains, vous les pères. C’est vous qui pouvez montrer à vos filles qu’elles sont capables et les mettre sur le chemin », a dit madame Yansané. Qui insiste sur la nécessité de mettre fin au mariage précoce qui empêche les filles d’aller au bout de leur cursus.

Asmaou Barry, au bord de la révolte, appelle à une révolution mentale chez les femmes et filles. Elle est convaincue que les femmes n’auront jamais leurs droits sur un plateau. C’est au bout d’un combat intelligent qui allie détermination et assurance à l’endroit des hommes qui ne doivent pas être vus par les femmes comme des adversaires, plutôt des partenaires. Ceux-ci doivent accompagnement et protection à leurs femmes, filles, sœurs et mamans. Les préjugés et autres ressentiments qui barrent la route aux femmes n’ont pas été occultés. Tout comme la nécessité pour les femmes de faire leur autopromotion et de s’entraider. « Nous devons utiliser les médias (traditionnels et sociaux) pour faire notre propre promotion. Au lieu de passer son temps à poster des photos sur Facebook, utilisons ce canal pour faire savoir ce que nous pouvons faire », a proposé Asmaou Barry.

C’est Jacques Michel, professeur émérite et directeur du Département Recherche, qui avait, au nom du Centre International de Recherche et de Documentation, souhaité la bienvenue à l’assistance. Il a indiqué que le CIRD est heureux de célébrer le 8 mars aux côtés des Guinéennes. Il a regretté l’absence pour raisons de santé de la fondatrice du CIRD, Madame Safiatou Diallo, qui a créé le cadre qui permet ces échanges.

Pour lui, la fête des femmes a une signification profonde, elle est « une occasion de souhaiter une société accomplie, une société totale, où les contractions, les intérêts divergents sont dépassés au profit d’une véritable communauté humaine. « Les questions qui touchent les femmes concernent toute la société. Le CIRD a besoin de vous, vos structures, vos organisations, pour que vous veniez nous parler, nous informer. Il y a des choses que vous savez que nous ne savons pas, les problèmes de la société, les problèmes que nous taisons. Venez nous en parler. Le CIRD vous ouvre ses portes. »

Des échanges francs sur des questions toujours tues ont ponctué l’événement. Sur la question liée poids de la religion sur la femme, les conférences ont soutenu que les religions monothéistes ne constituent pas un frein à l’épanouissement de la femme. « C’est juste qu’il y a des hommes qui ont interprété les textes en leur faveur. D’où la nécessité pour la femme de s’armer du savoir pour se protéger », a conclu la présidente de la COFEL.

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