Justice transitionnelle en Guinée : quand le pardon rencontre l’histoire.
En présence de ses partenaires, des conseillers du Conseil National de la Transition, des membres de la Primature et du personnel du Ministère de la Justice, garde des sceaux et des droits de l’homme, le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement, CIRD, a animé un colloque consacré à la justice transitionnelle en Guinée, ce 13 novembre 2025.
Dr Alioune Bah et Dre Sadiatou Diallo, respectivement Philosophe et Historienne, ont animé ce colloque. Cette réflexion à deux voix où la philosophie rencontre l’histoire pour interroger un pays traversé par les blessures du passé, fut un moment idéal pour appeler les uns et les autres à écrire une nouvelle page de notre histoire en privilégiant la paix et la réconciliation nationale auxquelles le CIRD et ses partenaires restent profondément attachés.
Les deux chercheurs, dans leur intervention, se sont accentués sur le pardon qui, pour eux, n’apparaît non pas comme un renoncement, au contraire, comme un acte éthique, un geste de rupture avec la haine.
« Pardonner, écrit André Comte-Sponville, ce n’est ni oublier ni effacer. » Une pensée qui prend tout son sens dans un pays encore marqué par les traumatismes du Camp Boiro, les pendaisons, les répressions de 1984-1985, les violences de 2006-2007 et, plus récemment, les massacres du 28 septembre 2009 » ont-ils fait savoir dans leur intervention.
Pour les deux chercheurs, «…le pardon ne peut émerger que de la vérité. Sans écoute et sans justice, aucun apaisement durable n’est possible. »
Ils ont, de part et d’autre, chacun dans sa communication, insisté sur un fondement essentiel de la réconciliation, celui de l’écriture de l’Histoire générale de la Guinée.
Il est ressorti de leur constat que longtemps fragmenté, parfois instrumentalisé, le récit national n’intègre pas toutes les mémoires, celles des femmes, des jeunes, des régions, des familles meurtries comme des résiliences silencieuses, alors qu’il est d’une nécessité impérieuse. Pour les auteurs, « écrire l’histoire est un acte de réparation symbolique, un moyen de redonner voix à ceux qui ont été réduits au silence et de relier les mémoires dispersées. »
Dr Safiatou Diallo a aussi rappelé que : « La Guinée ne manque pas d’histoires ou d’historiens conscients des enjeux, elle manque d’un récit global commun ».
Elle a par la suite interpelé l’État à encourager et soutenir la liberté scientifique indispensable à cette entreprise nationale. Dans leur intervention, ils ont fait savoir que le pardon soigne les blessures individuelles tandis que l’histoire répare la mémoire collective. L’un apaise le cœur, l’autre éclaire la raison. Ce tandem, expliquent les auteurs, doit servir de socle à une justice transitionnelle réellement inclusive, enracinée dans la vérité vécue et dans la dignité humaine.
Dr Safiatou a saisi l’occasion pour informer du prolongement de cette dynamique, par une Caravane nationale de formation et de sensibilisation sur la justice transitionnelle, le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD) sur un appui financier l’Ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone.
L’objectif de cette caravane est de rapprocher les concepts de vérité, réparation et réconciliation des citoyens, à travers des formations, des rencontres communautaires et des animations culturelles itinérantes.





Répondre
Se joindre à la discussion ?Vous êtes libre de contribuer !