Le CIRD est un forum d’échanges visant à promouvoir le livre, la recherche scientifique et la culture. Le CIRD est ouvert aux élèves, étudiants, enseignants, chercheurs, porteurs de projets et à toutes les personnes désireuses de comprendre, d’apprendre, de partager et de construire.


ATELIER MÉTHODOLOGIQUES POUR L’ÉLABORATION D’UN PLAN STRATÉGIQUE DU CIRD

Après deux (2) ans de vie marquée par d’intenses activités, le CIRD a cru bon de regarder dans ses rétroviseurs pour voir ce qui a marché, ce qui ne l’a pas été, et se projeter dans l’avenir. C’est dans ce cadre qu’il a organisé un atelier méthodologique qui a mobilisé dans ses locaux, les 24 et 25 janvier 2019, la Direction générale de la Recherche scientifique et de l’innovation technologique, les représentants des IRS (Institutions de recherche scientifique), des IES (Institutions d’enseignement supérieur) évoluant à Conakry, mais aussi, l’Ecole doctorale et les Etudes avancées de l’Université de Sonfonia.

L’objectif était d’échanger avec les participants sur le Plan stratégique quinquennal (2019-2023 en élaboration) du CIRD. Durant les deux jours, la vision interne et ouverte du CIRD, son bilan des deux ans, le bilan de la recherche scientifique en Guinée (en termes de contraintes, défis, …) ont été exposés. Aussi, des réflexions ont été menées sur les innovations scientifiques à introduire au CIRD ainsi que les réformes institutionnelles, financières et comptables. Il en a été de même pour les axes programmatiques de recherche 2019-2023.

Les participants se sont accordés à dire que la recherche est à l’état primaire ou embryonnaire en Guinée. Le peu qui est réalisé n’est pas valorisé. Parait qu’il n’y a pas de politique nationale de la recherche ou s’il y en a, elle n’est pas à la portée des ayants droit. Autres problèmes révélés, c’est la raréfaction des financements.

Pr Abdou Ndaou, enseignant-chercheur à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar, consultant en charge des réformes, a présenté ce que pourrait être le CIRD pour les cinq années à venir : le CIRD en tant que Centre de recherche et administration de recherche, qui mise sur le renforcement des capacités institutionnelles et qui se dote d’équipes de recherche nationale, multinationale, collaborative. Le CIRD veut également se positionner dans le domaine de la formation par la création d’une Ecole doctorale et l’octroi des bourses de recherche. Rappelons au passage que Pr Mar Mbodj, enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal), a décliné les préalables à la création d’une Ecole doctorale. Pour répondre à la préoccupation liée à la valorisation des résultats de recherche, le Centre ambitionne de créer une revue internationale aux normes standards scientifiques et un bulletin d’information.

Quant aux axes programmatiques, ils portent entre autres sur des domaines comme : méthodes et méthodologiques innovantes ; territoires et conflictualités ; citoyenneté, Etat de droit et construction nationale ; démographie, politique publique et emplois jeunes ; archives, patrimoine matériel et immatériel en Afrique ; environnement, économie verte, et changement climatique ; population, santé, et développement ; gouvernance des terroirs et mines ; migrations, mobilités internationales ; aménagement du territoire, système de transport, et mobilités intra régionales.

Le CIRD en tant que Centre de recherche est bien accueilli par les acteurs du domaine. Compte tenu de son caractère indépendant, le CIRD ambitionne d’être une alternative crédible pour la promotion de la recherche en Guinée et au-delà.

Journée d’étude du CIRD : des chercheurs guinéens planchent sur la citoyenneté en Guinée

La Journée d’étude a eu lieu au CIRD ce 21 novembre 2018. Elle a mobilisé 25 participants autour de « La citoyenneté en Guinée : approches pluridisciplinaires ». Un thème central qui a été examiné sous six angles par des chercheurs guinéens de rang magistral.

Un thème pertinent. Pertinent dans la mesure où il est une préoccupation en Guinée mais aussi au vu de la nécessité d’aller vers « une éducation à la citoyenneté globale » dans le contexte de « mondialisation économique, de l’internationalisation des débats politiques, de l’accélération des circulations culturelles et d’une conscience environnementale désormais planétaire. » Dans son introduction, le professeur Djenabou Baldé, responsable de la Recherche au CIRD, a rappelé que « l’éducation à la citoyenneté au sens large peut être entendue comme l’éducation à la fois à la capacité de vivre ensemble de manière harmonieuse dans la société et à la capacité de se déployer à la fois comme personne et comme citoyen, sujet de droits et de devoirs, libre, responsable, solidaire, autonome, inséré dans la société et capable d’esprit critique et de questionnement philosophique. Elle aborde les questions de citoyenneté au sens strict liées à la connaissance et à la pratique de la gestion de la « cité ». Elle touche également à la connaissance et aux questionnements relatifs aux religions et courants philosophiques. Elle comporte donc des approches éthiques et philosophiques… Cette éducation à la citoyenneté n’exclut pas celle au bien-être qui implique l’éduction aux relations affectives et l’acquisition de comportements préventions en matière de santé et de sécurité pour soi et pour autrui. Professeur Djenabou Baldé ajoute que l’éducation à la citoyenneté « inclut de multiples dimensions reliées entre elles et interdépendantes qui s’inscrivent dans la perspective des « Objectifs du Développement durable » des Nations unies. Ceux-ci enjoignent tous les États à, « D’ici à 2030, faire en sorte que tous les élèves acquièrent les connaissances et compétences nécessaires pour promouvoir le développement durable, notamment par l’éducation en faveur du développement et de modes de vie durables, des droits de l’homme, de l’égalité des sexes, de la promotion d’une culture de paix et de non-violence, de la citoyenneté mondiale et de l’appréciation de la diversité culturelle et de la contribution de la culture au développement durable » (Agenda Éducation 2030). Cette éducation vise à transformer la société. Elle n’est pas normative mais favorise l’échange de visions, le débat et la réflexion critique.

La journée se fixait donc pour objet « l’examen de la notion de Citoyenneté telle qu’elle prend corps de manière effective en République de Guinée dans un contexte particulièrement difficile pour nous. Il s’agit d’envisager de manière très concrète ce qu’il en est sur le sol guinéen de la vie de cette notion idéalement exigeante mais complexe et délicate quant à son inscription dans les représentations et les pratiques.

D’où la nécessité d’examiner la citoyenneté en Guinée sous plusieurs thématiques, dont :

De l’indigénat à la citoyenneté : thème présenté par le Professeur Abdoul Goudoussi Diallo, géographe à la retraite, retraçant l’histoire de la citoyenneté de la République de Guinée, ancienne Guinée Française devenue indépendante le 2 Octobre 1958. Le conférencier a tenté d’analyser le cheminement de ses habitants à travers le régime d’indigénat au cours duquel ils étaient des sujets de la France « taillables et corvéables », la citoyenneté française octroyée aux différentes colonies après la seconde guerre mondiale et la citoyenneté guinéenne qui interviendra après le référendum du 28 Septembre et l’indépendance du pays le 2 Octobre 1958.

Le second thème : Citoyenneté et identité culturelle, développé par le Professeur Ibrahima Ninguélandé Diallo, psychopédagogue, aborde successivement le concept d’identité, d’identification, d’identité culturelle et de citoyenneté avant d’analyser de façon spécifique la relation entre l’identité culturelle et la citoyenneté sous l’angle de vue de l’approche psychosociale. C’est dans cette posture que le conférencier essaie de montrer la place des éléments culturels dans le processus d’identité et dans les actes d’identification. Les relations fonctionnelles qu’entretiennent les notions de valeur, d’attitude, d’opinion et de conduite et le rôle que chaque référent empirique de ces concepts joue dans le repli identitaire d’un individu ou d’un groupe social sont particulièrement abordées. Du coup, l’auteur montre comment la culture sociale oriente et fonde le processus de formation de la personnalité par le moyen de l’éducation. L’analyse s’appuie sur des faits sociohistoriques concrets. Le conférencier, dans la même posture psychosociale, analyse le repli identitaire qui a tendance à menacer la paix et l’intégrité de la communauté politique ainsi que la citoyenneté républicaine et responsable en Guinée.

De quelques pratiques populaires de la citoyenneté en Guinée, troisième thème de la journée. Il a été exposé par Dr Ramadan Diallo, politologue et chargé de la Recherche au CIRD. La thématique s’inscrit dans la suite logique du thème précédent. Il est abordé par l’auteur à travers sa dimension non normative. Comme pour prendre le contrepied des thèses qui font de la citoyenneté un « droit de cité » renvoyant à un ensemble de droits et de devoirs y compris les droits économiques, à savoir le droit au travail, le droit à la propriété, le droit de disposer pleinement et librement de leur richesse et de leurs ressources naturelles qui sont tous reconnus à tout individu membre de la communauté politique. L’auteur montre que cette façon de concevoir la citoyenneté est réductrice et laisse de côté des pratiques populaires de participation politique diverses. Ces dernières méritent d’être étudiées dans le cadre d’une approche objective et sans a priori de la citoyenneté. Et c’est à cela que le conférencier s’est employé.

Le quatrième thème : l’école et la connaissance de la citoyenneté, a été présenté par Dr Baba Diané, Directeur national de formation professionnelle et technique. Il s’agit d’un sujet d’actualité au regard de la mondialisation qui fait que le monde est aujourd’hui devenu un village planétaire. Le conférencier après avoir cerné les éléments sémantiques sur la citoyenneté et l’éducation à la citoyenneté ainsi que le rôle de l’école dans l’éducation à la citoyenneté, aborde la notion de l’élève, futur citoyen. Il clôture son intervention par une enquête réalisée sur la connaissance de la citoyenneté à l’école guinéenne auprès d’élèves, d’apprenants, d’étudiants et d’enseignants au nombre de 30, tous publics confondus.  L’enquête a eu lieu au moment de tension sociopolitique en lien avec la grève du SLEG et des revendications politiques relatives à l’installation des conseillers communaux.

Quant au cinquième thème : Le rôle de l’intelligentsia dans la promotion de la conscience civique, est abordé par M. Lamarana Diallo, sociologue démographe, ingénieur de Recherche au CIRD, à travers la définition de l’élite et de l’intelligentsia et le fait que cette dernière soit au centre de l’élaboration et de la mémorisation des composantes de la conscience civique. De ce fait, elle constitue un modèle dans tous les domaines : attachement aux bonnes manières, modes vestimentaires, entretiens des habitations, leadership politique et religieux, etc. L’auteur tente d’expliquer le pourquoi de l’interpellation et de l’interrogation de l’intelligentsia guinéenne quant à sa responsabilité du fait que la conscience civique se trouve à rude épreuve. Est-ce parce qu’elle semble avoir subi les contrecoups de l’évolution des régimes politiques qui ont prévalu dans le pays depuis 1958 ? Le conférencier tentera de nous éclairer.

La dernière thématique, Courants de pensées philosophiques et politiques de la formation du citoyen en Guinée, est une sorte de conclusion de toutes les présentations qui vont se succéder au cours de cette journée d’étude. Elle a été présentée par Dr Moussa Camara de l’ISSEG. Il a présenté les concepts relayés dans les politiques de formation du citoyen en Guinée et établi un lien entre eux et les arguments de plusieurs courants de pensées en Afrique. Il a également montré que les idées fondamentales des courants influencent le contenu des documents de politique et par ricochet déterminent le fondement des idéologies qu’elles véhiculent. In fine, le conférencier est arrivé à démontrer que l’évolution sociohistorique du pays a considérablement marqué le contenu des politiques de formation. Ainsi à chaque phase de cette évolution, l’Etat a donné une orientation significative à la formation promue. Autrement, les politiques de formation du citoyen en Guinée sont qualitativement déterminées.

Professeur Djénabou Baldé, pour finir, a précisé que « L’éducation à la citoyenneté doit permettre à chacun de devenir acteur social dans un ou des espaces donnés : une classe, une association, un syndicat, une commune, un Etat, ainsi que dans l’espace de la mondialisation. »

Puis, rappelé les différentes approches de la citoyenneté globale (global citizenship), objet d’une revue de littérature (Goren & Yemini, 2017) dont la synthèse laisse apparaitre deux tendances. L’une, plus instrumentale, vise à donner les moyens d’être compétitifs dans le cadre d’une société et d’un marché mondialisés (global competencies approach) ; l’autre, plus humaniste, vise à développer l’empathie et la sensibilité à la diversité culturelle (global consciousness approach). De façon paradoxale au vu de l’objet, les auteurs de l’article soulignent que les curricula nationaux montrent une réorganisation de cette visée de citoyenneté globale en fonction des stratégies et priorités nationales. Aussi, conviendrait-il de souligner que l’éducation à une citoyenneté mondiale est un axe majeur de la politique scolaire de l’UNESCO depuis 2015.

Rencontre littéraire : Le CIRD présente l’ouvrage « Mémoire collective »

Mémoire collective, une histoire plurielle des violences politiques en Guinée. Titre du livre présenté le 26 septembre au Centre International de Recherche et de Documentation (CIRD), à la faveur d’une rencontre littéraire qui a mobilisé historiens, compagnons de l’indépendance, défenseurs des droits de l’Homme, étudiants et enseignants, des victimes violences ainsi que certains auteurs de l’ouvrage.

Ce beau livre de 354 pages et 2,5 kg, est le fruit d’une collaboration entre RFI (Radio France internationale) et la FIDH (Fédération internationale des droits de l’Hommes) sur financement de l’Union européenne. Son contenu est accessible en ligne en intégralité sur le site www.memoire-collective-guinee.org. Les auteurs apportent leurs regards croisés de journalistes, d’universitaires et de défenseurs des droits humains. Ils traitent de cette période douloureuse de l’histoire de la Guinée qui va de l’opération de déstabilisation appelée l’opération « Persil » mise en place par les services français à partir de 1959 jusqu’aux massacres du 28 septembre 2009 dans le stade du même nom. L’ouvrage comporte six parties : Guinée, une histoire traversée par des violences politiques ; Violences et politique dans la marche vers l’indépendance ; Politique du complot et répression sous Sékou Touré ; Les corps habillés et la mécanique de la violence ; Violence politique et ethnicité ; 28 septembre 2009.

Professeure Djénabou Baldé, Directrice adjointe du Département de la Recherche au CIRD, a apporté un regard critique sur le contenu de l’ouvrage. Nous vous proposons in extenso l’analyse de l’enseignante-chercheuse.

Compte rendu de lecture de l’oeuvre intitulée « Mémoire collective : une histoire plurielle des violences en Guinée »

Introduction

Notre intervention dans cette restitution vise à présenter l’ouvrage intitulé « Mémoire collective : une histoire plurielle des violences en Guinée ». Cet ouvrage est le résultat d’un travail de terrain et de dépouillement d’archives conduit par des contributeurs. Cependant, il n’aurait pas abouti sans le soutien financier de l’union européenne, la mobilisation de la rédaction de RFI et l’expertise des équipes de la FDIH et de l’OGDH.

La tâche qui nous est assignée par le CIRD est d’essayer de rendre compte des faits significatifs que des journalistes, des universitaires et des défenseurs des droits de l’homme ont rapporté sur les violences politiques en Guinée. Parler de ces choses ne consiste pas seulement à convoquer des affects et des émotions ou à traiter de sujets sensibles et parfois douloureux de l’histoire de ce pays mais surtout à s’interroger sur l’origine et les conséquences des problèmes sociopolitiques de la Guinée en ce début du XXIe siècle.

Cet exercice ne peut être trivial, il est délicat mais heureusement passionnant. Les auteurs de cette mémoire collective ont d’ailleurs clairement défini l’intention qui les anime et la philosophie partagée qui fonde leur hypothèse de travail: s’exercer à travailler pour le bonheur d’expliquer les faits, le souci de démasquer la fausseté de certaines idéologies et pratiques politiques, le courage de mettre en exergue l’insuffisance des apparences et des erreurs humaines qui font mal à la vie et l’intérêt d’envisager des perspectives pour la reconstruction de la société guinéenne.

Dans cette dynamique, notre approche consiste à présenter l’ouvrage en deux temps : tout d’abord faire une présentation du livre en mettant l’accent sur ses aspects physiques et organisationnels. Ensuite, nous efforcé à rendre compte des idées-forces qui le déterminent. Cinq (05) questions que nous posons permettront de définir les thèmes et sous thèmes de l’œuvre :

  • De quoi parlent les auteurs ?
  • En vue de quoi ils en parlent ?
  • Sur quels matériaux se fondent-ils pour en parler ?
  • Comment ils en parlent ?
  • Selon quelle logique ils développent leurs arguments ?

1.     Présentation générale

1.1 Présentation physique du livre

Si l’ouvrage intitulé « Mémoire collective : une histoire plurielle des violences en Guinée » est élaboré sous la coordination de Zoé Bertrand, de Laurent Correau, de Florent Geed et d’Antonin Rabecq, les compétences de nombreuses personnalités et institutions ressources ont été nécessaires pour sa mise au point. C’est donc une œuvre collective rédigée 353 pages recto verso qui comporte:

  • Deux pages de couverture bien illustrées dont la première décline le titre du document et la seconde le résumé de ce qu’on peut y trouver ;
  • Un sommaire qui tient sur deux pages ;
  • Une page qui éclaire sur la méthodologie d’approche utilisée ou l’exigence de se fonder sur les sources (page 7) ;
  • Une introduction rédigée par Florent Geel, Directeur du bureau Afrique de la FIDH et Laurent Correau, Rédacteur en chef Afrique de RFI
  • Six pages proposées par Mahesh Shataram dont le titre évocateur est : la « Constellation guinéenne » ;
  • Un corps de manuscrit étalé sur 304 pages (pp. 18-321)
  • 22 pages annexées comportant des documents inédits notamment des notes, des listes de détenus politiques et d’un plan à main levée du camp Boiro (pp. 328- 351) ;

1.2 Organisation du manuscrit

L’ensemble du manuscrit est organisé en six (06) parties dont les dénominations sont les suivantes :

  • La première partie de l’ouvrage a pour titre : « Guinée, une histoire traversée par les violences ». Elle est subdivisée en 10 sous parties (pp. 16-70);
  • La deuxième partie traite de la « Violence et politique dans la marche vers l’indépendance ». Elle comporte 7 sous parties (pp. 74-102)
  • La troisième partie aborde la question liée à « la politique du complot et répression sous Sékou Touré ». elle est étalée sur 8 sous parties (pp. 106-192)
  • La quatrième partie aborde la problématique des « Corps habillés et la mécanique de la violence ». Elle se décline en 10 sous parties (pp. 196-240) ;
  • La cinquième partie de l’ouvrage porte quant à elle sur les « Violences politiques et ethnicité ». le sujet est développé sur deux sous parties (pp. 246-260) ;
  • La sixième et dernière partie concerne l’épineux problème du « 28 septembre » dont les explications s’organisent autour de 4 sous parties (pp. 282-311).

Soit au total, le manuscrit comporte 06 parties et 41 sous parties.

2.     Contenu du livre : thème et sous thèmes

2.1 Rappel de l’approche méthodologique

Il est utile de rappeler que dès le début du document, Romain Tiquet et Martin Moore, ont tenu à baliser la démarche qui fonde la méthodologie d’approche des auteurs. Les sources utilisées sont écrites et orales. De leurs réflexions découlent trois observations :

  • l’absence d’archives ;
  • le recours aux entretiens pour combler le vide constaté et pour contrebalancer le prisme déformant que peuvent avoir certaines sources ;
  • la parole donnée aux victimes des violences, aux anciens leaders politiques et aux « corps habillés ».

Ces précautions méthodologiques ont permis de confronter la diversité des subjectivités mais aussi de reconstruire les mémoires à partir de récit commun nécessaire à la Guinée.

2.2 Les différentes parties de l’ouvrage

L’ensemble du manuscrit est organisé en six (06) parties.

La première partie du document est intitulée : « Guinée, une histoire traversée par les violences politiques »

2.2.1 « Guinée, une histoire traversée par les violences politiques ».

Les thèmes développés dans cette partie s’organisent autour de quatre idées-forces :

  • la société guinéenne contemporaine a accumulé des blessures depuis l’indépendance du pays en 1958;
  • Les instigateurs de ce qui est convenu d’appeler « Coups d’Etats » sont nombreux. Ils sont conduits par ceux qui contrôlaient le pouvoir, mais aussi par ceux qui le constataient ou souhaitaient en prendre le contrôle ;
  • Les effets déstabilisateurs qu’ils ont produit et le douloureux deuil qui a suivi sont d’autant plus difficiles à définir que les séries de violences restent parfois inexpliquées voire même impunies ;
  • Des initiatives endogènes ont cependant établi qu’un effort collectif pouvait inverser la tendance et rétablir la vérité des faits et par ricochet réconcilier les guinéens.

Pour étayer ces idées, Florence Morice, journaliste de RFI inaugure le débat en posant le problème des « Victimes en quête de vérité » et en soulignant que l’histoire de la Guinée est difficile à écrire. Les raisons de ces difficultés sont multiples. Les auteurs des articles ont entre autres cité une dispersion des archives, « une guerre des mémoires », des « bégaiements de l’histoire », et le manque de repère d’« une jeunesse désorientée ».

Pour davantage élucider ces faits, Florence Morice a analysé le contenu  de l’émission publique: « A vous la parole » que la RTG a créé au lendemain de la prise de pouvoir par le CMRN. A travers des témoignages sur les exactions de l’ancien régime, elle a établi que la mémoire de la Guinée est meurtrie. En signant un autre article écrit à partir d’un entretien intitulé « Halimatou Camara, la soif de justice en héritage », en rapportant le témoignage de Lamine Camara, ancien détenu des prisons du camp Boiro, de Kankan et de Kindia et l’interview d’Adama Camara sur « Les pendaisons publiques du 25 janvier 1971 » et en présentant un extrait du poème de Hakim Bah intitulé « Le cadavre dans l’œil », la journaliste de RFI en arrive à la conclusion que l’histoire de la Guinée est caractérisée par des faits douloureux.

La référence faite aux travaux de Thierno Monenembo qui s’est exilé pour décrire la souffrance des siens et la présentation d’archives privées pour enrichir la mémoire collective et les réflexions soutenues d’Alpha Amadou Bano sur la déliquescence de la politique en Guinée révèlent éloquemment  la thèse selon laquelle « la violence a précédé l’Etat guinéen et  l’a accompagné depuis ».

Si tous ces faits sont laborieusement bien relatés, les responsabilités des acteurs sur les incohérences constatées sont peu situées. C’est à cette tâche fastidieuse que s’attellent les auteurs des articles regroupés dans la deuxième partie de l’ouvrage.

2.2.2 « Violence et politique dans la marche vers l’indépendance ».

Le but ultime de ces articles est de montrer que « les violences politiques qui se sont manifestées dès les premières années de l’indépendance guinéenne ne sont pas apparues ex-nihilo ». En effet, les responsabilités personnelles des acteurs qui les ont déclenchées sont bien situées et leur genèse se trouve dans l’histoire coloniale et dans les luttes de pouvoir dans les années de la décolonisation.

C’est dans cette logique que Maladho Baldé s’évertue à comprendre le pouvoir et les menaces aux sources de l’imaginaire politique des acteurs. En s’efforçant de montrer que de Samory à l’indépendance de la Guinée une épopée semble avoir façonné la personnalité du premier président de la Guinée, que la machine coloniale et ses corollaires aurait attisé sa colère et sa méfiance, l’universitaire guinéen a réussi à prouver que l’attitude des hommes politiques dérive souvent d’un sentiment construit par l’histoire.

L’article de Romain Tiquet intitulé « 1954, une année de violences politiques », est extrait d’un rapport de l’inspecteur général Pruvost. Ce dernier avait en effet été envoyé en 1955 de métropole en Guinée Française à la demande expresse du ministre de la France d’outre-mer pour faire d’une part la lumière sur les incidents suite aux élections législatives de 1954 en Guinée et d’autre part pour observer les activités du PDG – RDA. L’originalité du travail réside dans le rappel chronologique des remous qui ont opposé le Parti démocratique de Guinée au Bloc Africain de Guinée.

En décrivant les événements liés à la « Violence politique en Guinée de juin 1954 à octobre 1958 », Elisabeth Schmidt, professeure au département d’histoire de l’université de Layola, Maryland s’est également employée à étudier les faits les plus marquants de cette période antérieure à la décolonisation. Mais elle fait bien de mentionner que les violations des droits de l’Homme commises pendant la période post-indépendance (1958-…) n’ont pas de lien direct avec les violences politiques et ethniques des années 1950. Pour elle, la plupart des remous politiques et ethniques trouvent plutôt leur origine dans la combinaison explosive d’inégalités dans un contexte de pauvreté qui ne fait pas de la Guinée une exception.

Laurent Correau qui se fait remarquer par son article intitulé : « Une rhétorique du complot déjà présente avant l’indépendance » compte parmi les auteurs qui ont questionné ce passé et qui ont en même temps cherché à établir un lien entre ce passé et le présent. Il ne réussit pas seulement à établir que la genèse des complots en Guinée est antérieure à l’indépendance du pays, il démontre aussi que le récit historique est un puissant outil de mobilisation des masses populaires.

En résumé, si les réflexions conduites dans la deuxième partie de cet ouvrage ont laborieusement démontré que Sékou Touré se fondant sur son passé familial a exploité ce lien pour construire son rapport au pouvoir, elles ne manquent pas de poser des questions sur l’image ambivalente du premier président de Guinée et du résultat des politiques instaurées[1]

C’est cette situation qui préoccupent les auteurs des articles regroupés dans la troisième partie de « Mémoire collecte ».

2.2.3 « Politique du complot et répression sous Sékou ».

Dans cette troisième partie, les contributeurs s’efforcent de montrer que les complots fabriqués ou réels occupent une place centrale dans l’histoire de la Guinée. Ce n’est pas uniquement une littérature de la douleur et une interrogation autour de la culture de dissimilation qui sont mises en exergue mais également des informations sur une peur de la « manœuvre de déstabilisation sécrète ».

Trois hypothèses fondent le contenu des articles de cette troisième partie:

  1. L’objet historique des complots est plus complexe qu’il n’y parait ;
  2. La dénonciation du complot et la répression sont deux caractéristiques des régimes politiques autoritaires et font partie de leur mode de gouvernance ;
  3. Quatre complots ponctuent l’histoire de la Guinée : le complot de 1960, le complot des enseignants, l’agression du 22 novembre et la révolte des femmes de 1977.

Coralie Pierret et Laurent Correau, tous deux journalistes de RFI, s’expliquant sur le complot fondateur d’Avril-mai 1960, déclenchent le débat. Ils évoquent le passage d’un discours de Sékou Touré qui tente de situer l’origine du premier complot en ces termes: « comme toujours, le colonialisme s’est acquis la complexité de certains éléments africains pour organiser sa sale besogne. S’appuyant sur leur cupidité et leur ambition démesurée, les adversaires de la cause africaine n’ont pas hésité cette fois encore, à organiser à travers le pays un réseau de contre-révolutionnaires, dont les mobiles sont bien évidents ».

La conclusion est que les autorités françaises étaient contre la Guinée en témoignent le dispositif de l’« opération persil », de « l’affaire Chambon », et le rôle que Jacques Foccart a joué dans la déstabilisation du régime de Sékou Touré et les aveux d’un instigateur de ces activités subversives. Il était donc évident qu’il y avait « un coup politique derrière le complot » contre la Guinée.

Coralie Pierret et Laurent Correau ont aussi démontré que le complot de 1960 révèle des failles au sein du PDG. En effet, au sein du pouvoir d’Etat, il y avait des luttes de faction, une crise religieuse qui, combinées à d’autres dysfonctionnement aggravait la crise qui a finalement entraîné de sévères condamnations politiques.

 L’entretien avec Djibril Tamsir Niane a révélé les dessous du complot de 1961. Le PDG accusait certaines « puissances extérieures », notamment le Sénégal, la France et l’Union soviétique de soutenir les enseignants qui voulaient déstabiliser le pays en imposant « une dictature marxiste ». Djibril Tamsir Niane n’a pas seulement démenti ce jugement il a aussi souligné l’incompréhension autour des dérives autoritaires des nouvelles autorités. Le témoignage de Baïlo Teliwel Diallo, ancien secrétaire politique du PDG, vient renforcer ce constat. Il rappelle que dans le nouveau système, « le débat n’était pas libre ».

L’article de Coralie Pierret, se penche sur l’année de la grande purge de 1971. Après l’agression de 1970, elle montre qu’après les congrès des Pouvoirs révolutionnaires locales (PRL), les services administratifs devaient se prononcer sur le sort réservé aux comploteurs mais seulement sur les peines qu’ils devaient subir: peines capitales pour les coupables et travaux forcés à perpétuité pour les douteux. Les slogans révolutionnaires à l’époque étaient : « A bas les ennemis du peuple », « Adieu les traitres », etc. Comme le confirme les déclarations d’un agent de sécurité, une véritable machine de purge était mise en place pour réprimer tout écart de l’idéologie du PDG.

En dépit de ces dispositions autoritaires, la révolte des femmes en 1977, développé par Mouctar Bah de RFI, a prouvé l’exaspération du peuple. Une commerçante du marché M’balia de Madina raconte : « Sous la pression insoutenable et une misère sans nom, nous les femmes, victimes d’un blocage économique et d’une restriction de toutes les libertés d’entreprise et de commerce avons dit non à la police économique, à Ahmed Sékou Touré et à tout son système ».

Pour appuyer cette analyse, Mohamed Saliou Camara trouve que la milice populaire a joué un rôle déterminant dans la gestion de la crise et a mis en évidence les raisons qui ont conduit à la mise sur pieds de ce puissant instrument de répression politique.

Si la troisième partie de « Mémoire collective » a mis en exergue le contenu des coups d’Etats et le rôle décisif que les différentes instances du PDG et la milice populaire ont joué au cours de cette période, la quatrième partie de cet ouvrage focalise l’implication des autres « corps habillés » dans la mécanique de la violence.

2.2.4 « Les corps habillés et la mécanique de la violence ».

Des explications de Carol Valade, correspondant de RFI à Conakry, d’Aliou Barry, consultant international ; des témoignages de Sékou Sagno officiers à la retraite, de Ibrahima Sory Dioumessy, ancier policier, de Facinet Touré, ancien médiateur de la République, du récit du lieutenant-colonel Guilavogui du syndicat des militaires en retraite et des veuves de Guinée, du témoignage du lieutenant-colonel Yaya Sow, de l’ex-commissaire Lamine Sow; des confidences d’un commissaire en fonction à la sûreté nationale et d’un directeur de la police, on retient deux faits essentiels :

  1. C’est après la mort du premier président de la Guinée en 1984, que l’armée guinéenne marginalisée s’est engagée à prendre sa revanche. Commence alors le règne des « hommes en uniformes » avec les multiples conséquences politiques et sociales qui ont suivi ;
  2. Dans ce mouvement, un monde à deux vitesses caractérise la vie politique guinéenne : d’une part un club d’individus qui s’accaparent des ressources du pays et qui usent de tous les moyens pour verrouiller le pouvoir politique et économique, et d’autre part des enjeux du maintien au pouvoir qui se sont décuplés et des rivalités entre les membres du cercle d’oligarque qui ont conduit à des dérives anarchiques et autoritaires. La grogne sociale des années 2000 et les grèves déclenchées par les syndicats, les mutineries des soldats et le massacre du 28 septembre ne sont que les produits de la crise.

Le résultat de ces malheurs et du dysfonctionnement chronique de l’Etat a entraîné des violences politiques et ethniques. Ce sujet brulant a préoccupé les auteurs des articles de la cinquième partie de « Mémoire collective : une histoire plurielle des violences en Guinée ».

2.2.5 « Violence politique et ethnicité ».

Deux auteurs se distinguent dans la description et l’analyse des problèmes en lien avec le cercle vicieux de la violence et le phénomène d’ethnicité en Guinée. C’est d’abord Vincent Foucher, chargé de recherche au CNRS-LAM, sciences PO Bordeaux qui étudie la question en montrant que :

  1. l’échiquier ethnique est une mise en cage contestable ;
  2. les mémoires communautaires sont douloureuses ;
  3. l’ethnicité est un phénomène électoral
  4. l’ethnicité est une clef de distribution des ressources ;
  5. et qu’en dépit de ces observations, un effort de construction nationale est amorcé.

Pour consolider ces idées, Safiatou Diallo, enseignante à l’université Général Lansana Conté de Sonfonia et fondatrice du CIRD, s’est d’abord exercée à définir les caractères et contours de la paix à Siguiri.  Elle a ensuite décrit l’irruption de la violence dans cette préfecture pour finalement expliquer la transformation du différend politique en conflit ethnique.

Au bout du raisonnement des deux auteurs, trois remarques s’imposent :

En Guinée, comme un peu partout en Afrique sous domination coloniale, malgré les modalités variables suivant les colonisateurs, des missionnaires, des chercheurs et autres acteurs ont produit des discours classant les populations en plusieurs catégories. Ces propos ont eu des effets néfastes sur le fonctionnement de l’Etat.

En effet, dès le début des années 1950, le concept d’ethnie est galvaudé par les hommes politiques. Paradoxalement la jeune république de Guinée se cherchait des référents panafricains. Mais au fil des ans des guinéens ont été désignés comme adversaires d’autres guinéens souvent à cause de leur appartenance à des communautés différentes.

A dessein des hommes politiques ont repris ce discours et ont créé et entretenu des catégories sociales pour des fins de mobilisation électorale. Les violences dans l’entre-deux-tour des élections présidentielles de 2010 résultent de ces bévues.

Pourtant, plusieurs travaux ont mis en évidence la fausseté de l’ethnicité, mais le discours de certains leaders et le mode de gouvernance de l’Etat persistent à traumatiser les citoyens, à modeler l’esprit et l’attitude de militants prosélytes rendant ainsi les mémoires communautaires plus douloureuses. Dans leurs réflexions, Vincent Foucher et Safiatou Diallo invitent les guinéens à dépasser ces impasses identitaires pour fonder la nation.

C’est à ce titre que la sixième partie de cet ouvrage revient sur les événements du 28 septembre 2009. Au fond, l’ouvrage ne tient pas seulement à rétablir la vérité des faits mais surtout à réconcilier les guinéens.

2.2.6 « 28 septembre 2009 ».

         Anne Cantener, journaliste à RFI, Me Dressa Traoré, Florent Geel et Antonin Rabecq sont les principaux auteurs des articles qui composent cette 6e partie. Leurs analyses sont renforcées par plusieurs témoignages notamment ceux d’un ancien combattant du camp militaire de Kaleah, d’Asmaou Diallo, présidente des victimes, parents et amis du 28 septembre.

Le récit sur le massacre du 28 septembre est relaté par une recrue de l’ancienne junte qui révèle que sa mission ultime était d’empêcher les politiciens véreux, qui avait décidés de braver le CNDD, de manifester leur hostilité.

Le travail d’Asmaou Diallo se poursuit par l’analyse des actes posés par l’Etat pour lutter contre l’impunité. A propos, elle donne la parole à la présidente des victimes, parents et amis du 28 septembre qui résume bien le sens de cette impunité des autorités. Elle déclare ce qui suit : « On aurait jamais pu imaginer que des militaires allaient être accusés, mais ce qui nous dérange, c’est que certaines de ces personnes occupent toujours des postes de responsabilité. Cela veut dire que l’impunité persiste ». Or, lutter contre l’impunité, n’est-ce pas agir contre l’oubli, l’arbitraire et la fatalité des violences politiques ?

D’autres sous-thèmes de cette 6e partie renvoient à plusieurs arguments.

  1. le paradoxe du 28 septembre : du massacre à la transition démocratique ;
  2. le massacre s’inscrit dans la lignée des violences du passé ;
  3. l’idée qui fonde l’espoir que le pays va vers un procès du 28 septembre 2009 et au-delà ;
  4. au-delà de la Guinée, il y a une certaine dynamique ouest africaine qui est engagée ;
  5. il est nécessaire d’accompagner la justice nationale.

On aurait compris que les allégations faites autour du 28 septembre 2009 se fondent sur trois idées-force :

  1. La date du 28 septembre est symbolique ainsi que le lieu de rassemblement des forces vives de l’opposition qui se sont décidés de dire « non » à la politique soutenue par le CNDD;
  2. En bravant les autorités, tout bascule car des militaires, mais aussi des civils, entrent dans le stade, ouvre le feu sur la foule, violent de nombreuses femmes ;
  3. Comme par le passé, les assaillants s’affranchissent de toute morale, souillent les âmes, blessent les corps et enlèvent des vies comme ce fut le cas dans la répression des manifestations de 2007 sous la deuxième république;
  4. Il est difficile de comprendre le moteur d’un tel déchaînement de violence : une violence d’Etat qui se sentant autorisée à broyer les vies humaines qui lui posaient problèmes.

Conclusion

Au bout de cette explication, il nous parait important de revenir sur les cinq questions posées au début de cette présentation. La première consistait à déterminer ce dont parle cet ouvrage. Nous avons répondu qu’il s’agit des violences politiques en Guinée et de leurs conséquences sur le devenir social.

La deuxième question tendait à se demander en vue de quoi les contributeurs et les témoins en parlent. Nous avons souligné que la finalité de cette œuvre est de rétablir la vérité sur le passé de la Guinée.

La troisième question nous invitait à définir les matériaux sur lesquels les auteurs des différents articles se sont fondés pour travailler sur des sujets aussi complexes et sensibles. La réponse est claire ce sont des documents écrits et oraux sous-tendus par de laborieuses analyses conduites par d’éminents experts des sciences de l’homme.

La quatrième question nous renvoyait à la méthodologie d’approche des auteurs. Il a été établi qu’ils n’ont pas porté un regard archéologique sur les faits mais plutôt, pour parler comme Jean Marc Ela, ils ont porté un regard dynamique sur l’histoire de la Guinée.

Enfin, la cinquième question portant sur la logique d’approche des faits nous  amène à dire que cet ouvrage utilise plusieurs techniques. L’analyse synchronique et diachronique des faits et la logique emboîtement des thèmes et sous-thèmes traités donnent du sens au contenu.

En essayant de répondre à toutes ces questions sur les violences politiques en Guinée, nous ne prétendons nullement avoir bien abordé tous les points déterminants de cette œuvre. Nous n’avons fait qu’effleurer certains.

C’est le lieu de dire que cet ouvrage a une portée scientifique indéniable. Sociologue, anthropologue, historien et philosophe y trouvent des informations pertinentes pour comprendre le phénomène sociopolitique en Guinée. Mais aussi les éducateurs pourront l’exploiter pour former le citoyen. L’ouvrage recèle en effet, plusieurs outils didactiques et pédagogiques pouvant les aider dans leur enseignement.

 La présentation de cet ouvrage était pour nous, une façon de soulever des questions, de susciter un débat, de poser des problèmes car un problème est bien résolu s’il est avant tout bien posé. C’est dire que les contributeurs, les acteurs et témoins qui ont travaillé à rendre vivant « Mémoire collective » sont mieux outillés, mieux indiqués pour rendre compte des concepts et des faits étudiés.

[1] Le tombeur de la chefferie traditionnelle, « l’homme africain décisif », l’intrépide « révolutionnaire » a aussi été le chef incontesté d’un régime qui a mis en place un des systèmes de répression le plus élaboré de l’Afrique contemporaine.

Journée mondiale de la presse : Le CIRD à la rencontre des futurs journalistes

« La responsabilité sociale des professionnels de médias dans le domaine des Droits de l’Homme ». C’est le thème de la conférence qui a été animée par Chaikou Baldé, journaliste, président de l’Alliance des Médias pour les Droits humains en Guinée. La rencontre, initiée par le Centre International de Recherche et de Documentation (CIRD) s’est tenue à l’Institut supérieur de l’information et de la Communication (ISIC) Kountia, le 3 mai 2018, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.

La rencontre a mobilisé de nombreux étudiants, enseignants, des professionnels de médias, des cadres du ministère de la Communication, le représentant du Haut-commissariat des Nations unies aux Droits de l’Homme et les cadres du CIRD.

Mamadou Yaya Cissé, Directeur général adjoint chargé des études à l’ISIC, hôte de la rencontre, a exprimé sa joie et rappelé la mission de son institution : « La formation initiale des futurs journalistes et futurs communicants du pays. Donc, ces échanges permettront d’apporter un plus à la connaissance ou à l’enseignement théorique que nous donnons à nos étudiants dans les salles de classe ».

Monsieur Sako représentant le représentant résident du Haut-commissaire général des Nations Unies aux droits de l’homme en Guinée. Il a salué l’initiative du CIRD qui vise à aller à la rencontre des étudiants pour échanger avec eux sur les responsabilités qui seront les leurs. Pour lui, en Guinée comme partout ailleurs, la formation et le respect de la loi restent les défis à relever pour les promoteurs des droits de l’homme en général, des droits des journalistes en particuliers.

Ce fut l’occasion de présenter le CIRD et ses activités. Une structure indépendante agréée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui œuvre  dans les domaines de la recherche, de la documentation et de la Formation continue ; sa bibliothèque très fournie permet aux étudiants, enseignants, chercheurs et professionnels d’avoir accès à des ouvrages aussi bien généraux que spécialisés.

L’exigence de professionnalisme, les menaces qui pèsent sur la corporation, la problématique de l’accès à l’information, les conditions de vie et de travail des journalistes, ces différents thèmes ont alimenté les débats. Pour les différents intervenants, le respect de la loi en vigueur par l’ensemble des acteurs est le passage obligé pour arriver un journalisme professionnel.

Cette rencontre a servi de cadre à la signature d’une convention de partenariat entre le CIRD et l’Association des professionnelles africaines de la communication (APAC-Guinée). Un partenariat qui traduit la volonté du CIRD d’accompagner les femmes de plus en plus nombreuses à opter pour le journalisme, notamment en matière de formation continue.

Quant à Chaikou Baldé, le conférencier, il a replacé la date du 03 mai dans son contexte historique. Rappelant qu’elle marque « l’anniversaire de la déclaration de Windhoek qui est un énoncé de principe établi par les journalistes africains en 1991, appelant à une presse libre, indépendante et pluraliste sur notre continent et à travers le monde. Cette déclaration affirme que la liberté de la presse est indispensable à l’existence de la démocratie et constitue une aspiration fondamentale de l’homme. Pour nous femmes et hommes des médias, la déclaration de Windhoek marque une étape importante de la lutte pour la liberté de la presse dans toutes les régions du monde. » Pour lui, cette déclaration est la réaffirmation de l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 dans laquelle il est dit :  « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de rependre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».

Quid du défenseur des droits de l’homme ?

Il s’agit, selon le conférencier, de toute personne qui, individuellement ou en association avec d’autres, œuvre à la promotion et (ou) à la protection des Droits de l’Homme.

S’agissant des médias et les droits de l’homme, le conférencier rappelle le lien en se basant sur cet extrait : « Une presse libre, pluraliste et indépendante est une composante essentielle de toute société démocratique ». Il est tiré de la déclaration de l’UNESCO qui, en 1983, établissait le lien entre le journaliste et les droits de l’Homme :

  • Le véritable journaliste défend les valeurs universelles de l’humanité, en particulier la paix, la démocratie, les droits de l’homme… ;
  • Le journaliste participe activement aux transformations sociales orientées vers une amélioration démocratique de la société et il contribue, par le dialogue, à établir un climat de confiance dans les relations internationales, propre à favoriser partout la paix et la justice, la détente, le désarmement et l’épanouissement national ;
  • Le journaliste peut contribuer à éliminer l’ignorance et l’incompréhension entre les peuples, à rendre les citoyens d’un pays sensibles aux besoins et aux désirs des autres, à assurer le respect des droits et de la dignité de toutes les nations, de tous les peuples et de tous les individus.

Il a également évoqué le journalisme citoyen, né de l’obligation morale, de la volonté de changer les choses et de transformer la société. Cette forme de journalisme est profitable surtout à la collectivité et se distingue par l’originalité des articles et reportages.

Chaikou Baldé dira en fin que la responsabilité sociale des journalistes en matière des droits de l’homme exprime tout ce qui a trait au travail du journaliste pour soutenir, appuyer, renforcer voire consolider les droits humains dans un pays. Cette responsabilité sous-entend le rôle et la place des médias dans le domaine des droits de l’homme.

La réconciliation nationale en débat

Samedi 21 avril, Ibrihima Sanoh, écrivain, a donné une conférence-débat au CIRD sur le thème : Pour une réconciliation nationale en République de Guinée, qui est aussi le titre de son essai sur l’histoire de la Guinée indépendante, paru en décembre 2017 chez SAEC.

Le conférencier est a livré le contenu de son ouvrage dont voici des extraits :

L’histoire de la Guinée indépendante n’est pas enseignée dans le cadre de l’enseignement formel. Elle ne fait l’objet d’aucun manuel scolaire.  Elle n’est pas consensuelle. En République de Guinée, plusieurs variantes de l’histoire se confrontent et les tenants de chacune d’elles, selon les intérêts ou les affections ; l’utilisent pour tirer, chacun, la couverture de son côté. Elle est conflictuelle et divise.

Evoquer cette histoire peut donner lieu à des remontrances ou à toutes les simplifications telles que : « Ne réveillez pas les morts ! », « Tournez la page ! », «  La Guinée est une famille ». Pourquoi fuyons-nous notre histoire ? Pourquoi l’avons- nous couverte du voile pudique ? Pourquoi refusons-nous de l’assumer ?

Elle est faite de douleurs, de sueurs et sangs,  de meurtres, de blessures et de douleurs, de viols et aussi des rendez-vous manqués. Ne voulant rien assumer, la politique de l’oubli a été implémentée, elle consiste à ne pas l’évoquer, à ne pas l’assumer, à ne pas en tirer des leçons et de divertir à son sujet.

Un pays, comme le nôtre,  sans politique de juste  mémoire  saurait-il réussir son pari de développement ? L’histoire n’est-elle pas une émule du temps, un dépôt des actions humaines,  un  témoin du passé, un exemple du présent,  un enseignement pour l’avenir ?  On ne peut pas tourner la page de l’histoire avant de l’avoir lue.

Ainsi, l’essai «  Pour une Réconciliation Nationale en République de Guinée » interroge l’histoire de la Guinée indépendante, l’analyse.  De ce travail d’analyse et d’interprétations du fait historique découle une conclusion sans appel : elle est tronquée,  falsifiée à dessein  et non assumée.  Cet essai ambitionne de réconcilier l’Etat avant lui-même et avec ses citoyens pour faire renaître une nouvelle arche d’alliance et réécrire une variante de l’histoire qui soit consensuelle.

Composé de 202 pages, l’essai se subdivise en quatre chapitres. Le premier, intitulé «  Comment sommes-nous arrivés là ? » fait une analyse de l’histoire afin de  faire le bilan de la gestion de notre indépendance, de ressortir les points de frictions, nos manquements et errements  et de justifier l’imminence d’une réconciliation nationale.

Le deuxième chapitre s’intéresse à la méthodologie de la réconciliation et esquisse les substrats théoriques de la problématique en tenant compte de nos réalités, de la singularité de notre histoire et des meilleures pratiques de réconciliation à travers le monde.  Dans cette méthodologie de la réconciliation, l’auteur définit la réconciliation, il parle de la commission de réconciliation, de sa composition,  de ses mandats et  de ses missions de rétablissement des vérités personnelles, dialogiques et factuelles à travers les auditions publiques et à huis clos. Il traite les questions de justice, de son application dans la limite humaine possible. Par ailleurs, il traite les questions liées à l’amnistie, aux réparations, aux excuses officielles de l’Etat, au pardon et de la démarche à adopter pour la réécriture de l’histoire afin d’éviter la négation et la falsification de l’histoire consensuelle qui sera rédigée  à  la suite du  travail de la commission de réconciliation.

Selon  l’entendement de l’auteur, la réconciliation n’est pas statique, ponctuelle, elle n’a pas seulement pour dessein de solder le contentieux historique, elle est aussi transversale et évolutive. La question mémorielle ayant été abordée, du moins théoriquement dans le précédent chapitre, les autres facettes de la problématique ont été abordées par l’auteur  dans le troisième chapitre  « les réformes nécessaires à la réconciliation nationale  ». Ces réformes sont  économiques, politiques et sectorielles (de l’éducation, de la justice, de la gouvernance).

Dans le dernier chapitre, l’auteur traite des « erreurs à éviter  » afin d’éviter à l’initiative de réconciliation nationale l’échec et  la trahison. Ces erreurs sont entre autres : la manipulation de la religion pour justifier le pardon, la constitution d’un gouvernement d’union nationale et la réconciliation politique.

Dans les débats, la question de volonté politique a été évoquée. Pour nombre d’intervenants, c’est à l’Etat de monter le chemin en assumant son rôle dans l’histoire de la Guinée. Aussi, pour une réconciliation nationale, il faut bannir le népotisme, le régionalisme, faciliter un accès équitable à tous à la justice, aux postes de responsabilités dans l’administration.

Le CIRD, un an déjà et ça ne fait que commencer !

Le 24 mars 2018, le Centre International de Recherche et de Documentation (CIRD) a bouclé une première année d’activités et a profité de cette belle occasion pour présenter à un public nombreux d’étudiants, d’enseignants, de chercheurs, sa Direction de la recherche. En présence de M. le Professeur Amadou Bano BARRY, Conseiller du Président de la République sur les questions de l’Education et Mme le Dr Mafory BANGOURA, Directrice générale de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique au ministère en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Le professeur Jacques MICHEL, professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Lyon (France), a expliqué les intentions, les objectifs et les perspectives de son département.

Jaques Michel a exprimé la volonté du CIRD d’aider le secteur de la recherche scientifique en Guinée, et a invité les acteurs concernés à venir avec leurs projets et idées de projets. Peu importe la diversité, l’essentiel, selon lui, c’est la complémentarité, le point de convergence. Il veut créer un pôle où des personnes exerçant dans des domaines différents peuvent se rencontrer pour avancer dans leurs réalisations. Pour lui, le CIRD a pour mission de produire mais aussi de former. Soulignant que CIRD peut faciliter pour des étudiants des stages en entreprises, lesquels stages seront sanctionnés par des rapports de stages. Jaques Michel est revenu sur les différentes étapes de la recherche : la collecte, l’analyse, la synthèse des données ; la différence entre la norme et la règle…

Les participants n’ont pas tardé à réagir, montrant que le CIRD cristallise de nombreux espoirs et besoins en lien avec la formation (méthodologie de recherche, anglais…), l’accès à une documentation fournie, mais aussi à l’accompagnement des étudiants qui aspirent à une spécialisation, notamment en sociologie de la santé.

De nombreuses interpellations qui s’apparentent à des défis que le CIRD souhaite relever. Nicolas DEXTREIT, directeur général, dans son mot d’accueil, après avoir cité un échantillon des nombreuses activités réalisées (conférences-débats, ciné-débats, journée internationale de l’environnement, journée internationale des femmes, le Prix littéraire Williams Sassine etc.), a informé que le CIRD explore la voie du numérique pour permettre l’accès plus facile aux documents, travaille à favoriser l’acquisition des compétences pour un meilleur accès au marché de l’emploi dans les entreprises. Le Directeur a aussi remercié les entreprises partenaires, notamment ERAI Export qui  a mis à la disposition du CIRD 10 bourses de recherche pour l’année universitaire 2018-2019.

Le CIRD est heureux de savoir qu’il y a des personnes ressources prêtes à l’accompagner dans sa mission. C’est le cas du professeur Goudoussi Diallo, qui a annoncé sa volonté et sa disponibilité à offrir, sous le couvert du CIRD, des ateliers d’écriture et un cours sur la publication.